Mais d'ailleurs, suis-je tenue de donner mon avis sur toutes les vagues qui agitent la platitude de l'opinion, sur la saumure dont l'appareil médiatique relève le quotidien insipide des humains ? Et moi, qui s'occupe de me défendre ? Qui pétitionne à toutes griffes en ma faveur ? Qui expédie des mailings indépendants de toute obédience afin que l'on mette en permanence à ma disposition mes quatre souris de toile cirée made in Germany, afin que si l'une se coince sous un meuble d'époque indéterminée (les moins ergonomiques), je puisse incontinent me mettre à la poursuite des trois autres ? Non, ne croyez pas que j'aie mes mice comme ça sous la patte ! Il y a des commissions et des sous-commissions qui se réunissent tous les jours autour de tables avec jetons de présence pour se concerter sur l'opportunité d'extraire à la rigueur une souris de certaine potiche en Saint-Clément où elle croupit parmi un vivier d'admissibles. Encore ne l'en sort-on pas sans la morigéner copieusement : qu'elle n'ignore rien, surtout, du fonctionnement du système ! Qu'elle n'aille pas se flanquer sous un tapis dit d'Orient ! Qu'elle ne tente pas de s'élever au-dessus de sa condition ! Qu'elle ne se fasse pas trop de bile avant que moi, prédatrice en chef à l'estomac fragile, je me saisisse d'elle dune patte impériale et royale !
Hélas, mon humaine m'interrompt (mes références à K ù K lui déplairaient-elles ?):
- Et où veux-tu en venir, avec cette parabole ridicule ? N'est-ce pas là un symptôme de régression ? L'heure est grave. On t'attend, je crois, sur des sujets un peu plus sérieux.
- Si je donne un avis avisé sur la gravité de la gravitation universitaire (tout tombe vers le bas), aurai-je de l'avancement sur la bergère bleue ? Pourrai-je gratter avec une classe exceptionnelle le rouge tapis de la Perse ? Oserai-je espérer accéder aux revalorisantes petites boîtes dorées que tu serres sous sept clés comme s'il s'agissait des 500 millions de la Bégum ?

- OUI !!!